2 mai 2014. Par Jonathan

ROUBINI: le début d’une nouvelle guerre froide qui pourrait se transformer en guerre chaude

La Russie et l’Ukraine restent au centre de la géopolitique mondiale.

Les États-Unis viennent d’imposer de nouvelles sanctions plus sévères qui visent les hauts fonctionnaires russes soupçonnés d’avoir contribué à la provocation et à l’aggravation de la crise en Ukraine.

D’après l’économiste Nouriel Roubini, cette crise pourrait s’aggraver.

« Nous observons aujourd’hui le début d’une nouvelle guerre froide entre l’Occident et la Russie », a déclaré Nouriel Roubini dans une interview avec Bloomberg TV avec Eric Schatzker et Stephanie Ruhle. « Et cette guerre froide pourrait éventuellement se transformer en guerre chaude, si, finalement, la Russie parvient à déstabiliser et à envahir les provinces de l’Est de l’Ukraine ».

Il a également souligné que l’escalade de ce conflit perturberait la capacité de la Russie à importer le gaz vers l’Europe, ce qui pourrait conduire à une nouvelle récession.

Voici un extrait de la retranscription de l’interview :

Schatzker: Nouriel, à l’heure actuelle, il semblerait que la tournure des événements en Ukraine inquiète la population mondiale et présente un risque majeur, surtout en ce qui concerne la Russie. Pouvez-vous faire part de votre opinion sur ce qu’il se passe là-bas ? Comment pensez-vous la situation va-t-elle évoluer ?

Roubini: Parmi les risques majeurs d’envergure mondiale, celui que représente la situation en Ukraine est le plus important. Nous observons aujourd’hui le début d’une nouvelle guerre froide entre l’Occident et la Russie et cette guerre pourrait éventuellement se transformer en guerre chaude si, finalement, la Russie parvient à déstabiliser et à envahir les provinces de l’Est de l’Ukraine, ce qui aggraverait la situation. Nous pourrons alors assister à un accroissement général de l’aversion au risque. Et si cela devait évoluer vers une véritable guerre (inaudible), même dans le scénario où la Russie devait stopper l’exportation de gaz vers l’Europe. L’économie européenne se remet à peine d’une récession et cette crise fera replonger la zone euro.

Ruhle: Sur une échelle d’évaluation du risque de 1 à 10, quelle note donneriez-vous pour décrire la situation actuelle ?

Roubini: Aujourd’hui je donnerais une note de 7 voire plus car la Russie se montre très agressive en Ukraine. Les russes essaient de prendre le contrôle en Ukraine, donc l’escalade du conflit est plus que probable.

Schatzker: L’escalade du conflit sous quelle forme? Vous avez parlé de la possibilité d’une guerre chaude, ce qui implique l’utilisation de la force des deux côtés.

Roubini: Oui. Oui, exactement.

Schatzker: Est-ce que cela signifie que l’OTAN va intervenir ?

Roubini: Supposons que la Russie décide maintenant soit de déstabiliser soit d’envahir les provinces de l’Est de l’Ukraine. Deux événements vont alors se produire. En premier lieu, l’Occident serait dans l’obligation de renforcer sa position vis-à-vis de la Russie, tandis que la Russie irait jusqu’à limiter l’exportation de gaz non seulement vers l’Ukraine, mais aussi vers les pays d’Europe. En second lieu, même si l’OTAN n’intervient pas militairement, l’organisation apportera son soutien militaire au gouvernement de Kiev. Ce conflit pourrait escalader encore un certain temps. Cela va évidemment affecter les marchés financiers, en particulier dans la zone euro.

Schatzker: Mais la situation va-t-elle continuer à s’aggraver pendant tout un temps ? Nous savons que Poutine veut recourir à la force et il peut le faire. Et il n’y a vraiment personne qui est capable de répondre à ce genre d’attaque à part les Etats-Unis.

Roubini: La situation est telle que même s’il voulait utiliser la force ici (inaudible)… Deuxièmement, Poutine ne va pas envahir l’intégralité de l’Ukraine. Et on ne peut jamais prédire à l’avance la durée de ce genre de conflit militaire, surtout si les Etats-Unis et l’Europe soutiennent le gouvernement de Kiev militairement. Cette guerre pourrait alors durer un certain temps. Ce n’est pas mon scénario préféré, mais les risques de dégradation de la situation sont grands.

Ruhle: Quel impact cela aurait sur l’économie européenne?

Roubini: Dans la zone euro, l’économie se remet timidement d’une récession sévère. Nous observons le début d’une reprise économique, mais cette reprise reste fragile et inégale, surtout à la périphérie de la zone euro. La dernière chose dont l’UE a besoin aujourd’hui c’est d’un autre choc provenant d’une augmentation des prix sur le gaz russe ou encore d’une coupure totale de son importation. Si cela a lieu, l’économie des pays européens a de fortes chances à replonger de nouveau.

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