19 novembre 2013. Par Jonathan

Analyse fondamentale : le compte de résultat

Le compte de résultat fait état de la performance de l’entreprise sur une période. Il regroupe les revenus et les coûts de l’entreprise pour calculer le profit. Nous verrons que cette démarche est standardisée et possède des étapes intermédiaires qui sont également porteuses d’informations.

Il est à noter que le compte de résultat reconnaît les revenus au moment où ils sont effectifs. Mais cela ne correspond pas toujours au moment où le cash est reçu sur le compte. C’est l’une des différences clés avec le cash flow statement dont nous avons parlé plus tôt qui ne correspond que aux entrées et sorties de cash.

Le compte de résultat comporte dans l’ordre :

  • Le total des ventes : comme son nom l’indique, il s’agit du total des ventes sur la période du compte de résultats. Cette information est importante car elle reflète l’intérêt des clients pour les produits ou services de l’entreprise. Il est toutefois important de comprendre comment sont enregistrées les ventes. Par exemple, les ventes d’un contrat sur plusieurs années devront être réparties en plusieurs années et non à 100% de l’année d’établissement du contrat. Cette ligne est souvent un facteur très regardé par les analystes financiers car elle donne une idée de l’état des marchés sur lesquels opère l’entreprise. Par ailleurs elle est également beaucoup plus difficile à « trafiquer » que la ligne correspondant au profit.

  • Le cout des biens vendu : Il s’agit ici d’une ligne référençant les coûts associés directement à ce qui a été vendu. Dans le cas d’une entreprise industrielle, cette ligne représente le coût des matières premières, les salaires et les frais généraux directement associés à la création ou à la vente des produits et/ou services. Dans le cas d’une entreprise de service, cette ligne représentera principalement les coûts salariaux et les frais généraux.
    Pour résumer, cette ligne incorpore tous les coûts engrangés pour que l’entreprise vende ses produits.

  • Le profit des activités de vente (Gross profit: Ce profit est la simple différence entre le total des ventes et le coût des biens vendu. Il s’agit donc de l’argent dégagé par l’entreprise lors de la vente de ses produits. Bien qu’à ce niveau tous les coûts ne soient pas encore incorporés, ce premier profit donne une idée de la rentabilité et de la viabilité de l’activité de l’entreprise. C’est cette somme là, déduite de tous les frais annexes, qui fera le résultat final. Nous pouvons également calculer la marge des activités de vente (Profit des activités de vente / Total des ventes). Cette marge pourra être un atout précieux pour suivre l’évolution de l’entreprise sur plusieurs années. Elle permettra en autre de jauger de la réussite de l’entreprise. Elle peut aussi servir de signe précurseur ; par exemple des ventes en hausse avec une marge des activités de vente en baisse peuvent signifier que l’entreprise a offert des réductions à ses clients pour favoriser le volume des ventes au détriment des marges. Bien que cela ne soit pas forcément une mauvaise chose, en analyse fondamentale il est important de comprendre ce que fait l’entreprise.

  • Frais administratifs et généraux : Ils viennent se déduire du profit des activités de vente. Ils regroupent tous les autres frais opérationnels qui ne sont pas liés directement à la vente des produits et/ou services de l’entreprise. Il peut par exemple s’agir de la location de locaux ou encore d’assurances obligatoires. Ces coûts là sont généralement regardés de près. Ils sont plus représentatifs sous forme de ratio : Frais Administratifs et Généraux / Total des Ventes. L’idée est que si les ventes augmentent, il apparaît normal de payer d’avantage de frais généraux. Ce ratio établit une idée de l’optimisation de ces frais généraux comparés au total des ventes.

  • Résultat opérationnel : Le résultat opérationnel est calculé en retirant les frais administratifs et généraux du profit des activités de vente. Il est crucial car il indique la rentabilité des activités de l’entreprise une fois tous les frais opérationnels pris en compte. Il s’agit de la rentabilité « normale » de l’entreprise. Nous utiliserons ici aussi une marge : la marge opérationnelle (Résultat opérationnel / Total des ventes) pour juger de l’évolution de la rentabilité année après année.

  • Intérêts : Il s’agit des intérêts payés pour le financement des activités de l’entreprise

  • Profit avant taxes : Il s’agit du résultat opérationnel moins les intérêts payés durant l’année fiscale. Sans optimisation fiscale, cette ligne correspond à la ligne de référence pour calculer les impôts de l’entreprise. Les entreprises pratiquant généralement l’optimisation fiscale, il arrive que les impôts payés diffèrent du calcul classique :

impôts à payer = profit avant taxe x taux d’imposition.

  • Taxes sur les profits : Il s’agit des impôts et autre taxes que l’entreprise paye sur ses profits.

  • Eléments exceptionnels : il s’agit d’évènements non récurrents. Par exemple parfois une entreprise vend une activité : les gains ou la perte qui résultent de cette vente son enregistrés ici.

  • Le profit net : il s’agit de la ligne de référence lorsque l’on parle de la rentabilité d’une entreprise. Il se calcule en soustrayant les taxes sur profit et les éléments exceptionnels du profit avant taxes. Comme nous l’avons vu, il existe de nombreux facteurs qui entrent en compte dans le calcul du profit net. Il vous faudra donc regarder chaque étape de son calcul pour comprendre quels sont les éléments qui l’affectent et juger de leur pertinence. A titre d’exemple, si le profit net est réduit à cause d’un évènement unique, cela n’impactera pas les prochaines années. Cependant, si le profit net est réduit à cause d’une forte baisse des marges, il sera probablement très difficile pour l’entreprise de remonter ses prix, ce qui aura un effet non négligeable sur la rentabilité des années futures.

Exemple de compte de résultat :

Résultats de l’entreprise

Ratios calculés

En €

2010

2011

2010

2011

Total des ventes

1,500,000

2,000,000

 

 

 

Coût des biens vendu

-350,000

-375,000

 

 

 

Profit des activités de vente

1,150,000

1,625,000

Coût des biens vendu / Total des ventes

-23.33%

-18.75%

Frais administratifs et généraux

-235,000

-260,000

Frais administratifs et généraux / Total des ventes

-15.67%

-13.00%

Résultat Opérationnel

915,000

1,365,000

Marge Opérationnelle : Résultat Opérationnel / Total des ventes

61.00%

68.25%

Eléments exceptionnels

 

-15,000

 

 

 

Intérêts

-50,000

-50,000

 

 

 

Profit avant impôt

865,000

1,300,000

 

 

 

Impôts

-259,500

-390,000

 

 

 

Profit net

605,500

910,000

Marge nette : Profit net / Total Ventes

40.37%

45.50%

Nous voyons sur ce compte de résultat que les ventes de l’entreprise ont progressé de 33% entre 2010 et 2011 (en passant de 1 500 000€ à 2 000 000€). Durant le même temps, le coût des biens vendus est passé de 350 000€ à 375 000€. Cette augmentation de 7.14% est bien plus contenue que l’augmentation des ventes. Cela donne donc un meilleur ratio Total Vente / Coût des biens vendus qui passe de 23% à 18.7%. L’amélioration de ce ratio qui a diminué montre un meilleur management des coûts, il peut s’agir par exemple d’économies d’échelle qui apportent un meilleur rendement à l’entreprise. De la même façon, les frais administratifs et généraux ont étés bien gérés et la forte croissance des ventes n’a entraîné que 10% de croissance de cette ligne. Des ventes en hausses et des coûts contenus entraînent une marge opérationnelle bien meilleure qui passe de 61% en 2010 à 68.25% en 2011. Les intérêts restent les mêmes et une perte exceptionnelle de 15 000 € est enregistrée en 2011. Le profit avant impôt reste tout de même meilleur en 2011 qu’en 2010. Les impôts représentent 30% du profit avant impôt ce qui nous donne un profit net en croissance de 50.29% pour s’établir à 910 000 € en 2011. Il en est de même pour la marge nette qui passe de 40.37% à 45.50%. Notre analyse nous permet de comprendre que cette amélioration des profits nets est principalement due à des ventes en forte hausse et à des coûts maîtrisés. Dans le cas d’une entreprise réelle, nous pousserions notre analyse sur la partie qualitative pour comprendre d’où vient cette hausse des ventes. Est-elle durable ? Est-elle due à un nouveau produit que l’entreprise a lancé ? Pouvons-nous nous attendre à la même croissance l’année prochaine ? Etc…

Note spéciale : l’EBITDA

L’EBITDA vient de l’anglais ; Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation and Amortizations. En français, il pourrait être traduit par le profit avant les intérêts, les taxes, les dépréciations et les amortissements.
C’est une mesure des profits opérationnels réajustée de façon à éliminer les différences de traitement comptable et de financement. De cette façon, il est possible de comparer la performance opérationnelle de deux entreprises ou de deux années distinctes même si ces entreprises ont changé leurs méthodes d’amortissement voir même de financement. C’est une mesure la performance opérationnelle pure de l’entreprise.

Il faut comprendre ici que les dépréciations et les amortissements ne sont que des coûts comptables dans la mesure où ils ne consomment pas de cash. L’achat d’une nouvelle machine a l’année 0 va consommer du cash, mais son amortissement sur les dix années suivantes n’est qu’une façon d’enregistrer les coûts et la perte de valeur de la machine.

Conclusion
Un investisseur doit comprendre les éléments impactant les revenus et les coûts de l’entreprise. C’est ce qui lui permet ensuite de porter un jugement sur la qualité des profits et d’estimer les profits futurs. Dans notre exemple, l’entreprise a une forte croissance des ventes mais garde ses dépenses relativement stables. Cela correspond à une très bonne gestion de l’entreprise ce qui accroît fortement sa profitabilité.

 

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